2020 : le grand virage de la RSE en France

La responsabilité sociale et environnementale des entreprises… voilà 20 ans qu’on en parle. Pour les citoyens, cela reste un concept assez flou. Pour les entreprises, la RSE a longtemps été un outil de communication parmi d’autres. En 2020, la RSE prend du galon et devient incontournable. Pourquoi ? Où en est-on ? Quels sont les enjeux et les grands chantiers ? Nous faisons le point.


« Le siècle passé a été inédit, par ses tragédies comme par l’émergence de progrès considérables. Le 21ème siècle est radicalement différent : le changement climatique, la raréfaction des ressources naturelles et la perte de biodiversité nous font prendre conscience de la finitude de notre planète. Nous sommes devant l’impératif de devoir consommer moins en étant plus nombreux » a déclaré Marie-Claire Daveu, Directrice du développement durable et des affaires institutionnelles internationales de Kering au 1e forum RSE de Giverny de 2019. « Face à cette question, la responsabilité sociale des entreprises est devenue incontournable », a t-elle ajouté. Clients, salariés, investisseurs, tous exigent de plus en plus des comportements éthiques et responsables de la part des entreprises. Ce n’est donc pas une posture de communication qu’il faut avoir mais bien un engagement réel. Il en va de leur survie.


Les enjeux environnementaux au cœur des préoccupations des citoyens

Economie circulaire, finance responsable, mobilité douce, transition numérique, alimentation durable, égalité homme-femme…. en l’espace de 5 ans, ces sujets traités jusque-là avec complaisance ou par un cercle d’initié font l’objet de débats passionnés. L’arrivée de maires écologistes aux élections municipales de 2020 montrent à quel point les habitants veulent voir bouger concrètement les choses. 


La RSE : le pilier de l’entreprise de demain

Face à ces enjeux cruciaux, les grands forums internationaux ont montré leur limite et la difficulté des Etats à s’entendre pour le bien de la planète. C’est au niveau des territoires que les citoyens veulent voir des changements. Mais les pouvoirs publics ou les associations ne sont pas les seuls concernés. L’entreprise a un rôle à jouer dans la société et doit aussi répondre de l’impact de son activité sur le climat. La RSE  n’est plus un simple rapport annuel imposé par la loi. Les consommateurs veulent qu’elles soient transparentes et engagées.


Donner du sens à son activité : le concept d’entreprise à mission

A l’image des "benefit corporations" américaines créée en 2010 ou des « sociéta benefit » en Italie, la France, a introduit en 2019 dans la loi PACTE, la notion de société à mission. Une entreprise peut désormais déclarer sa raison d'être à travers plusieurs objectifs sociaux et environnementaux. La MAIF avait ouvert le bal en étant la première grande entreprise française à inscrire sa mission dans ses statuts. « Si nous voulons aller sur le terrain de la société à mission c'est qu'elle va nous permettre d'aller plus loin encore dans notre engagement pour le "mieux commun" », avait déclaré Dominique Mahé, président du groupe à La Tribune. Aujourd’hui une cinquantaine d’entreprises y compris les plus grosses étudient la question. Danone est devenu le 26 juin 2020, la première entreprise à mission cotée en bourse.


Start-up nation : « peut mieux faire »

Du côté des start-up, on aurait pu croire que l’enjeu RSE était une évidence. Pourtant, Caroline Renoux, fondatrice de Birdeo, un cabinet de recrutement spécialisé en RSE déclarait à l’ADN : « le monde des start-up s’en fout totalement, c’est affligeant. » Mais ne les mettons pas toutes dans le même panier. Certaines font du combat environnemental leur fer de lance. On voit ainsi une tendance de fond se développer : l’apparition de start-ups dans les écosystèmes des entreprises pour résoudre des problèmes lies au territoire et à leur secteur d’activité́. Ainsi Jules Coignard et Raphaël Masvigner ont créé Circul’R en 2014 : « Notre action principale est d’inspirer, à travers l’organisation de plus de 250 conférences depuis notre création, mais aussi d’accompagner des grands groupes dans la création concrète de projets d’économie circulaire en les mettant en contact avec des start-up innovantes ». Un exemple parmi des centaines d’autres.


Les grands chantiers à venir

La RSE au cœur de la stratégie des entreprises

La plupart des entreprises ont pris conscience des enjeux environnementaux et mettent en place des actions. Mais trop peu les intègrent au cœur de leur stratégie dans le but d’avoir un impact climatique neutre, voire positif. « Pour que cette démarche soit efficace, il faut que les politiques environnementales ne soient non pas dans la direction environnementale, mais transversales dans les directions des achats, du marketing, de la production… », souligne Claire Tutenuit, déléguée générale d’Entreprise pour l’environnement (EPE). Des entreprises pionnières comme SEB ou Guerlain ont su anticiper ce virage avec succès. « Si les entreprises ne le font pas, elles sont vouées à l’échec sur le long terme. Penser sa mission et son impact permet à l’entreprise d’inventer de nouvelles filières correspondant à l’évolution des mentalités et des comportements », explique Oben Ayyildiz, Président-fondateur de la French Industry, un cabinet de conseil en stratégie RSE au magazine Socialalter.


Intégrer la RSE à toutes les étapes de la chaîne de production

En 2013, le drame du Rana Plaza nous a ouvert les yeux sur les dessous de la production de nos vêtements. Des hommes et des femmes sous payés travaillaient dans des conditions inhumaines pour nous permettre d’acheter des vêtements à bas coût. La question s’est alors posée. Qu’en est-il de la responsabilité sociale des entreprises ? Les grandes multinationales poussées par l’opinion publique ont dû montrer leur bonne volonté au risque de perdre une partie de leur clientèle. « Les consommateurs n’ont jamais été aussi mobilisés pour exiger une mode responsable et on voit que les lignes, et les marques bougent », explique Nayla Ajaltouni coordinatrice du collectif éthique sur l’étiquette. La loi sur le devoir de vigilance*, voté en 2017 est un exemple encourageant. « Il faut raisonner sur l’impact global de nos activités », reconnaît Marie-Claire Daveu.


Passer aux actes pour convaincre les consommateurs

Derrière les belles intentions, il y a la réalité. Les consommateurs veulent savoir ce qu’ils achètent et être convaincu de la sincérité de la démarche de leurs marques préférées. Ils veulent des preuves de l’engagement des entreprises. Le « RSE washing » existe toujours, mais il est de moins en moins pardonné. Une étude IFOP de 2019 montre qu’une démarche RSE est susceptible d’influencer les comportements des consommateurs. 75% des consommateurs préfèrent acheter un produit proposé par une entreprise ayant mis en avant une démarche RSE. 7 personnes sur 10 se disent aussi plus fidèles. 

Les entreprises ont encore du chemin à faire mais elles avancent. Elles n’ont pas vraiment le choix car en 2020, l’entreprise sera responsable ou ne sera pas…


*La loi sur le devoir de vigilance exige des grandes multinationales françaises ou présentes en France qu’elles publient et mettent en œuvre un plan de vigilance, permettant d’identifier et de prévenir les risques d’atteintes aux droits humains, à l’environnement et aux libertés fondamentales que peut causer leur activité, mais également celle de leurs filiales et de leurs sous-traitants et fournisseurs, en France comme à l’étranger. Il sera possible d’engager la responsabilité civile de l’entreprise en cas de manquement à ces nouvelles obligations.

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